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Moochie tentait de parler en pédalant, ce qui lui posait de gros problèmes respiratoires. À deux reprises déjà, il avait dû mettre pied à terre pour se vaporiser dans la bouche une sorte de lotion contenue dans une poire de caoutchouc.
— Le Douglass SB Dauntless trimbalait un armement considérable, expliqua-t-il en haletant, une bombe de sept cents kilos sous le ventre, et une de quarante-cinq kilos sous chaque aile… Ça expliquerait les ravages qu’on a constatés au parc d’attractions. Près de huit cents kilos d’explosifs détonant au milieu des manèges et des baraques en planches ! Tu imagines le massacre ?
David rajusta ses pinces à vélo.
— Si c’était un avion américain, ce ne serait plus un drame de guerre, mais une sorte de pied de nez… Ou même un bras d’honneur du destin, dit-il en ayant conscience de devenir pompeux.
Il était agacé par l’écho que ce fait divers éveillait en lui. Il aurait voulu s’en moquer, ne voir dans toute cette histoire qu’une bizarrerie historique à la façon du Titanic. Rien de plus. Mais Barney Coom était comme lui, un survivant malade de ce privilège accordé par le hasard. David s’en voulait de ne pas avoir souffert dans son corps. Il s’en était tiré à trop bon compte. Il aurait voulu seconder M’man dans sa souffrance, être brisé comme elle, et non pas affligé de simples migraines !
Pourquoi les agresseurs ne lui avaient-ils pas cassé les bras et les jambes à coups de batte de base-ball ? Pourquoi ne lui avaient-ils pas lacéré les joues au couteau. … ou encore tranché un ou deux doigts ? Ce n’est qu’à ce prix qu’il aurait pu devenir une victime digne de ce nom. Mais, pour l’heure, il n’était qu’un gamin trop fragile qu’on a un peu bousculé. Barney Coom lui ressemblait comme un frère, avec son histoire de chaussette blanche. Les événements, la tragédie, ne les avaient frôlés de leur souffle que pour mieux les ridiculiser. David s’était réveillé avec une migraine d’enfer, Barney à poil dans l’herbe, la tête dans une bassine de guimauve, une chaussette trouée au pied gauche ! On ne se fabrique pas des souvenirs d’ancien combattant avec de pareilles images. Ils étaient semblables à ces soldats qui, assommés par la première explosion d’une bataille, reprennent conscience au milieu de dix mille cadavres enchevêtrés. Ils n’avaient rien vu, rien subi… Ils étaient des usurpateurs ! La survie se mérite ; eux, n’avaient fait que tirer le bon numéro à la loterie. David n’aurait accepté de survivre que dans la peau d’un garçon vieilli et brisé.
« Il me fallait payer le tribut, pensa-t-il avec désespoir, être digne de M’man. »
La communion dans la souffrance, voilà ce qui lui avait manqué. Une sorte de brevet de fils bon et fidèle. La distribution inégale des préjudices physiques avait cassé le lien invisible qui l’unissait à sa mère. Il y avait là un parfum de trahison qui lui déplaisait et l’emplissait d’une honte diffuse. Il avait beau se dire « c’est idiot », la gêne subsistait, comme une démangeaison tenace.
Les vélos cahotaient sur le chemin strié de lézardes. Moochie avait préféré emprunter un raccourci de manière à ne pas remonter la route principale sur laquelle ils risquaient de croiser un professeur, voire le dirlo ou le portier en maraude. De ce côté, la lande était submergée par les chardons, et le moindre coup de pédale maladroit menaçait de vous expédier la tête la première dans ce tapis d’épines. David peinait, les dents serrées, les mains rivées au guidon. Ils avaient loué les vélos chez une vieille femme qui leur avait remis un plan détaillé des environs. C’était un prospectus jauni et friable, imprimé en 1930, et qui s’intitulait Mes jolies randonnées à Triviana-Plage.
« Vous pouvez le garder, avait-elle déclaré, j’en ai encore un plein tiroir. »
David avait déplié la relique avec un infini respect. Les plis en étaient si marqués qu’on les devinait prêts à se changer en déchirures. Les trajets, coloriés selon leur degré de difficulté, menaient pratiquement tous au parc d’attractions dont on avait représenté les manèges avec un soin extrême. Ainsi brûlé par le temps, émietté par l’humidité, le plan des « jolies randonnées » prenait l’allure d’une carte au trésor. Le papier duveteux et cloqué entretenait même une certaine ressemblance avec le parchemin. Et puis il y avait ces couleurs : ces bleus, ces jaunes, ces lettres démodées, cette façon désuète de dessiner les bois, les étangs, dans un fouillis de hachures et d’ombres empreint d’académisme. Replié, réduit à l’état de rectangle bleu foncé, il avait l’aspect d’une tablette de chocolat. David avait empoché en jubilant ce passeport de conte de fées. La baraque tenue par la vieille faisait office de buvette. On pouvait également y consommer une « soupe mexicaine aux haricots » servie dans d’énormes bols ébréchés. Tout y était ancien, hors d’âge. Et David avait constaté avec une stupeur religieuse que les étagères ne supportaient aucun objet en matière plastique. Dès lors, la guinguette branlante avait pris pour lui les dimensions d’un temple antique. Plantée aux abords de la lande, elle avait quelque chose d’un poste frontière mystérieux, d’une zone de passage où se monnayaient d’étranges sortilèges.
« Tu as vu ? avait-il chuchoté à Moochie. Tout était en bois, en fer. C’est bizarre, non ? »
Habitué au plastique sous toutes ses formes, cet environnement qui ne faisait appel qu’à des matières « vétustes » lui paraissait barbare et vaguement suspect. Il chercha en vain l’éternel panneau Enjoy Coca-Cola dont la présence aurait apporté une note sécurisante dans ces lieux situés hors du temps, mais il fut incapable de le découvrir. La baraque était-elle si ancienne ? Cela paraissait impossible car tout ce qui était antérieur à l’invention du Coca-Cola ne pouvait qu’être retourné à la poussière depuis des temps immémoriaux. Les vélos eux-mêmes avaient un profil lourd, inesthétique. On eût dit des machines de guerre, des bicyclettes de samouraï. Peut-être s’agissait-il de vélos de combat ? Même la selle était en cuir, un cuir durci, pétrifié. Pourtant la vieille n’avait rien de menaçant. Elle les avait regardés s’éloigner en souriant de sa bouche édentée.
« Vous auriez dû manger ma soupe, avait-elle lancé, pédaler ça creuse… »
Maintenant, ils descendaient doucement vers le parc d’attractions, en zigzaguant entre les lézardes.
— On va s’arrêter ici, décréta Moochie, et continuer à pied. Je ne veux pas que le ferrailleur nous repère de loin.
— Le quoi ?
— Le ferrailleur, c’est un clodo qui vit dans les ruines du parc. Il a tendance à croire que la lande lui appartient. Quand il a picolé, il est mauvais comme une gale, faut éviter de tomber entre ses pattes.
David s’agenouilla derrière un rocher et déplia la carte (comme le faisaient toujours les militaires au cinéma, trente-cinq secondes avant le signal de l’attaque). Où étaient passés les manèges avec leurs toits coniques, en chapeau de clown ? Et les montagnes russes ? Et le train fantôme ?
Il ne distinguait que des masses confuses de poutrelles enchevêtrées. Des squelettes de dinosaures de fantaisie que la rouille avait recouverts de sa peluche rouge. Au détour d’un amas de planches, on remarquait tout de même la silhouette d’un petit cheval de bois fiché de guingois dans la boue. Quarante années de gel, de tempêtes et d’averses lui avaient arraché jusqu’à sa dernière écaille de peinture. Il paraissait gris, spongieux, taillé dans la pierre ponce. Le reste était inidentifiable, informe. Un observateur non averti y aurait vu les ruines d’une ancienne usine. L’échine rouillée du scenic railway lui serait apparue comme un tronçon de grue déracinée.
— Le cratère est au centre, murmura Moochie, mais les coulées de boue l’ont peu à peu comblé. En fait, on ne voit plus grand-chose.
David fit la moue. C’est vrai que ces ruines n’avaient rien de formidable. En les approchant, on n’éprouvait pas ce frisson de terreur sacrée qui vous saisit devant l’épave d’un paquebot ou sur le seuil d’une maison inhabitée jadis théâtre d’un crime effroyable.
« C’est comme ces ruines antiques, beaucoup trop abîmées, pensa le garçon, elles se réduisent à un tas de cailloux, et il faut se forcer pour y voir quelque chose d’intéressant. »
L’ancien parc d’attractions se résumait somme toute à un terrain vague parsemé de hangars rouillés. Le cratère quant à lui n’était plus qu’un trou boueux à la circonférence ravinée par les écoulements. Cette impression toutefois ne dura pas. Levant les yeux, David prit conscience du ciel gris, pesant, dont la densité rappelait très exactement celle du béton nu… ou du métal.
« C’est comme un gigantesque marteau-pilon qui descendrait sur nous, du haut de l’espace, se dit-il en réprimant un sursaut. Quelqu’un est en train de nous écraser, quelqu’un qui se cache derrière les nuages, aux commandes d’une titanesque presse hydraulique. »
À force de regarder sans ciller les nuages, il avait même l’impression de les voir se rapprocher. Une subite envie de courir lui grimpa dans les jambes.
« C’est ici qu’ils sont morts, tous », lui chuchota la petite voix intérieure qui lui parlait souvent la nuit.
« Ils ont abreuvé cette terre de leur sang. Ils ont coulé en elle, ils se sont vidés dans ses crevasses. »
David fit quelques pas. Aussitôt les ajoncs lui griffèrent les mollets. Et soudain il faillit pousser un cri car un visage incrusté dans le sol le regardait. Il se rejeta en arrière, mais la tête était toujours là, crevant la terre comme un affreux légume, à fleur de boue. Elle le fixait de ses yeux bridés par la graisse comme si elle allait brusquement se dégager de sa gangue et se mettre à rouler sur la lande, en quête d’une proie juvénile. C’était une citrouille terreuse et ravinée, un masque de magot ravagé par la lèpre, un crâne de prêtre fou décapité par des bourreaux chinois. David se mordit les lèvres pour ne pas crier.
Moochie lui saisit le bras.
— Hé ? Qu’est-ce qui t’arrive ? C’est qu’une tête de bois enfouie dans la terre. Une tête de cochon, on dirait. Ça provient sûrement d’un manège.
Le gros garçon s’agenouilla. Pourtant, au moment de toucher le masque enterré, il se ravisa et enfouit craintivement la main au fond de sa poche. Il avait cependant raison, il s’agissait bien d’une tête de cochon de bois, détachée d’une quelconque monture de manège. Le temps et l’érosion avaient mutilé la face jadis souriante de l’animal de fantaisie pour la transformer en un mufle au groin amputé. Le porcelet s’était mué en une bête au sourire édenté. Sa peau grêlée et blême abritait mille insectes rampants, et surtout, surtout… Ainsi enfoui au ras du sol, il évoquait une sentinelle embusquée, un démon camouflé qui guette sa proie avec la patience infinie des prédateurs. David l’imaginait assis au fond de son trou, prêt à bondir. Sous la tête de cochon, il y avait un corps noueux et couvert d’écailles, des pattes comme des buissons de griffes. Un cochon-garou ! Oui, c’était cela même. Un cochon-garou qui allait s’arracher à la boue dans un grand bruit de ventouse et…
— C’est rien qu’un bout de bois, conclut Moochie en se redressant, doit y en avoir d’autres tout autour.
Mais il prit bien garde de le contourner en veillant à ce que ses semelles ne l’effleurent pas. Partant du cratère, des crevasses rayonnaient à travers la plaine, comme si le point d’impact avait en quelque sorte disloqué la falaise, la débitant en gros blocs fragiles s’éloignant progressivement les uns des autres à la manière des banquises qui partent à la dérive.
— Là-bas, c’est l’ancien bassin des dauphins dont parlait Barney, dit Moochie en désignant un cercle de tôles rougies.
David se dirigea vers la citerne. Il était mal à l’aise. Le regard du cochon enfoui pesait sur ses épaules, accompagnant chacun de ses gestes. Dans la cuve stagnait une eau noire que recouvrait une pellicule bactérienne gluante. Les deux garçons firent la grimace.
— Beeerk ! grogna Moochie, c’est un vrai bouillon de sorcière. Je me demande si les dauphins y vivent encore ? Si ça se trouve, à force de nager dans cette pisse, ils se sont transformés en monstres marins ? Tu ne crois pas ?
Il plaisantait mais sa voix résonnait lugubrement dans le cercle de tôle émietté.
David scrutait l’eau croupie, essayant de distinguer des ombres fuyantes. Les dauphins étaient-ils morts au fond du bassin ? Les avait-on oubliés là jusqu’à ce qu’ils crèvent et s’en viennent flotter à la surface, le ventre en l’air et la gueule béante ?
— Là, à droite, c’est le hangar de Jonas Stroke, fit Moochie dans un souffle. C’est un dingue. Un ancien forain que la catastrophe a ruiné. Il n’était pas assuré, ou un truc comme ça. Il a tout perdu la nuit du bombardier. Je crois aussi que sa femme a été tuée dans l’écrasement de son stand. Il tenait une loterie… Depuis il vit là, dans les décombres, il bricole des trucs avec de la ferraille. On appelle ça de la ferronnerie d’art. Chaque mois il descend vendre son stock dans les boutiques à touristes qui bordent l’autoroute. Ça lui laisse de quoi vivre. L’embêtant, c’est qu’il est givré, il se prend pour le maître du parc. S’il nous aperçoit, on aura intérêt à détaler sec !
David se demanda s’il avait vraiment envie de continuer. Mais il avait peur de passer pour un dégonflé aux yeux de Moochie, et cette crainte lui insufflait un courage factice. Peut-être le gros garçon ressentait-il exactement la même chose ? Dans ce cas ils n’étaient que deux idiots essayant de s’épater l’un l’autre !
Le hangar était tout proche à présent. Par le vantail entrouvert David distingua quelque chose qui lui fit dresser les cheveux sur la tête… Des voitures. Des voitures minuscules alignées comme dans un parking lilliputien. Bien que rouillées et cabossées, on devinait qu’elles avaient jadis été multicolores. Leur taille ridiculement étriquée faisait d’elles des véhicules impossibles. D’ailleurs elles n’avaient pas de roues ! David en fit la remarque à Moochie, qui s’esclaffa.
— Imbécile ! toussa le gros garçon. Ce sont des autos tamponneuses. Jonas doit les rafistoler et les repeindre pour les vendre à des collectionneurs. Y a toujours des crétins pour acheter à prix d’or ce genre de truc. Mes parents passent leurs week-ends chez les brocanteurs, ils achèteraient n’importe quoi du moment qu’on leur raconte que c’est ancien !
David respirait avec difficulté. Les petites voitures aux gros pare-chocs rembourrés regardaient toutes dans sa direction.
« Des voitures de nains, pensa-t-il, de nains ou de gnomes. Ils les garent là avant d’aller s’ébattre sur la lande, les nuits de sabbat ! Jonas Stroke est le gardien du parking… Il leur délivre de minuscules tickets rouges qu’ils saisissent de leurs doigts déformés. Et les autos restent là, à les attendre… »
Deux plaques écarlates s’étaient formées sur ses joues. Il renifla, à la recherche d’une odeur d’huile. De l’inévitable odeur d’huile !
— La forge est éteinte, murmura Moochie, Stroke doit dormir… Généralement, il travaille la nuit. Quand on passe sur la lande, à minuit, on voit briller le feu de sa forge, et on entend sonner son enclume. Viens, on a assez pris de risques. Et puis il est tard.
La lumière baissait effectivement, noyant la plaine dans une pénombre de plus en plus dense.
« Bientôt la nuit tombera, pensa David, et le masque de cochon enfoui dans le sol se mettra à parler. C’est peut-être pour ça que Jonas Stroke tape sur son enclume toute la nuit ? Pour ne pas entendre les voix des fantômes du parc d’attractions ? »
— Cassons-nous ! supplia Moochie.
Mais David demeurait figé entre les petites voitures cabossées dont les capots lui arrivaient à la hauteur du genou. Ainsi le parking le poursuivait… Il avait quitté la ville pour venir s’installer ici, au cœur d’une lande déserte ! Il y avait là un signe du destin.
Un signe que David n’était pas encore capable de déchiffrer mais qui brillait d’un éclat lugubre, comme un signal d’alerte sur le tableau de bord d’un vaisseau spatial.
« Je suis encerclé, gémit intérieurement le garçon, ici les voitures, dehors le masque… »
Les voitures allaient-elles se mettre subitement en marche pour se ruer sur lui et lui briser les jambes ? Tout était possible en cette heure de pénombre. Tout, et surtout le pire !
Il devait prendre la fuite avant que la nuit ne donne le signal du sabbat. À cet instant des éclats de voix retentirent au-dehors. C’étaient comme des aboiements de colère aux paroles incompréhensibles.
« L’ogre ! » songea stupidement David en proie à une panique viscérale. « C’est l’ogre qui vient nous prendre ! »
Il voulut fuir en ligne droite, mais Moochie le jeta dans un buisson.
— Bon sang ! haletait le gros garçon, tu as vu ça ? Jonas Stroke se bat avec Bubble-Sucker !
Le saisissement balaya la peur de David. Les yeux écarquillés, il passa la tête hors du buisson pour surprendre une scène incompréhensible. Un géant barbu aux vêtements en guenilles secouait entre ses énormes mains le petit professeur de mathématiques du Triviana-College. L’ancien astronome se défendait de manière totalement inefficace et tentait de frapper le colosse à l’aide d’un curieux instrument de métal dont la forme évoquait celle d’un détecteur de mines.
— J’veux plus vous voir ici ! hurla Stroke. J’vous ai déjà averti.
Ses cheveux longs et sa barbe grise lui dissimulaient presque entièrement le visage. Malgré son âge avancé, il paraissait receler autant d’énergie qu’un ours des montagnes à la période du rut. Il était vêtu d’un vieux treillis de l’armée constellé de reprises et d’un chapeau de brousse délavé par la pluie. Bubble-Sucker roula dans la boue, perdit ses lunettes et s’éloigna précipitamment à quatre pattes.
— Vous ne dissimulerez pas éternellement la vérité ! bafouilla-t-il, la chemise hors du pantalon.
— Décampe ! Rat de bibliothèque ! rota Stroke en lui bottant les fesses. Décampe ou j’te pisse dessus !
Pour donner plus de poids à sa menace, il ouvrit sa braguette.
— J’vais t’rafraîchir la cervelle, ouais ! grasseya-t-il. J’crois qu’t’en as b’soin !
Il éclata de rire, dévoilant une bouche emplie de chicots dans le même temps qu’il lâchait un pet. Cette dernière manifestation parut accroître son hilarité.
— Tire-toi, scribouilleur, grogna-t-il, ou je pourrais bien aussi te chier dessus !
Ses coups de pied frappaient Bubble-Sucker chaque fois qu’il réussissait à se redresser, le rejetant à terre. Il finit cependant par se lasser du manque d’agressivité de sa victime, haussa les épaules et réintégra le hangar. Le professeur saisit son détecteur de mines et s’enfuit en boitillant. Sa course l’amena droit sur le buisson où David et Moochie se cachaient. Il ne parut pas surpris de leur présence mais leur lança d’une voix sifflante :
— Filez, petits malheureux ! Qu’attendez-vous ? Que cette brute vous maltraite ? Vous ne voyez donc pas que c’est un demeuré ?
Il saignait de la bouche et du nez, et ses vêtements étaient couverts de boue.
— Ma voiture est par là ! indiqua-t-il en jetant le détecteur de mines à David. Venez, ne traînons pas. Il est parti boire mais il peut revenir d’une minute à l’autre.
Les deux garçons se lancèrent sur les traces du professeur. La peur leur donnait des ailes et ils couraient droit devant eux sans se soucier des ajoncs qui leur griffaient les jambes. La voiture de Bubble-Sucker était garée derrière un bouquet d’arbres. C’était une vieille conduite intérieure noire toute crottée. Les portières en avaient été laissées ouvertes en prévision d’une fuite éventuelle… et inévitable.
David et Moochie se jetèrent sur le siège arrière en un pêle-mêle de bras et de jambes. Ils étaient tous deux morts de peur. Bubble-Sucker ne faisait pas meilleure figure.
— Les vélos, on oublie les vélos ! geignit Moochie, mais personne ne l’entendit.
Bubble-Sucker conduisait en grinçant des dents, la voiture rebondissait sur les déclivités de la route, et ses ailes s’écorchaient aux ajoncs. Des nuages noirs explosaient à l’horizon, emplissant le ciel d’une débauche d’entrailles fuligineuses.
— Il ne m’empêchera pas de revenir, marmonna le professeur qui paraissait en proie à une grande agitation, je passerai toute la lande au peigne fin, mais je finirai bien par trouver !
— Mais qu’est-ce que vous cherchez ? demanda David.
— Les débris cachés par Jonas Stroke. Les débris du bombardier… Une fois qu’il était ivre, il s’est vanté dans un café du port d’avoir trouvé ce que tout le monde cherche depuis si longtemps. « Moi j’ai la réponse ! bafouillait-il. Moi je sais ce qui est tombé cette nuit-là. Je suis le seul à connaître la vérité. » Personne n’a prêté attention à ses propos, sauf moi. Alors j’ai commencé à explorer le terrain à l’aide d’un détecteur de métaux. Stroke m’a surpris à plusieurs reprises… et chaque fois il a été un peu plus brutal.
— Vous croyez qu’il a découvert des morceaux de l’avion ? haleta Moochie. Mais pourquoi les cacherait-il ? Ça n’a qu’une valeur sentimentale…
— Peut-être parce que ça lui donne de l’importance, marmonna l’ancien astronome. C’est une sorte de revanche… Ou bien parce qu’il ne s’agit pas d’un avion.
Moochie et David échangèrent un coup d’œil navré. « Ça y est, semblait dire le gros garçon, on est reparti pour l’histoire de l’ovni ! »
Bubble-Sucker parut deviner l’incrédulité des deux garçons, et son ton se fit plus coupant.
— Vous savez que, pendant les trente jours qui suivirent l’explosion, la lande fut le théâtre d’événements étranges ? dit-il. Sur la plage, au bas de la falaise, on trouvait chaque matin des centaines de poissons dont la tête avait éclaté comme sous l’effet d’une déflagration interne. Je n’invente rien : des centaines de poissons, décapités au ras des ouïes. Personne n’osa les ramasser, et ils restèrent là, à pourrir dans les algues. Durant la même période, les étoiles de mer entreprirent d’escalader la falaise, comme si quelqu’un leur avait donné rendez-vous sur la lande. Elles montaient à la verticale, comme des araignées sur un mur, à la queue leu leu… Jamais elles n’avaient fait ça, et elles ne le refirent plus jamais par la suite. Il y eut des tas d’autres signes. Des dauphins qui vinrent en masse se casser la tête sur les écueils de la passe, des mouettes qui, perdant le sens de l’équilibre, s’empalèrent à la pointe des mâts.
» Tous les animaux de Triviana réagirent pareillement, y compris les animaux domestiques. Leur sixième sens avait détecté quelque chose d’anormal. Une chose qui les attirait irrésistiblement vers la lande. J’ai réuni des dizaines de témoignages à ce propos. Des dizaines. Les chats, les chiens, s’échappaient des fermes et des maisons, seuls ou en bandes, ils marchaient vers les décombres du parc d’attractions… et se jetaient dans le cratère de l’explosion.
— Ils se jetaient ? répéta Moochie d’une voix fêlée.
— Oui, la tête la première, comme on se suicide. Ils tombaient au fond du trou aux parois abruptes, et restaient là, les pattes brisées, incapables de remonter. On les entendait hurler à la mort des nuits entières. Le fond du cratère fut bientôt recouvert de bêtes agonisantes. Il en venait de partout. On vit même des vaches et des chèvres s’échapper des enclos pour rejoindre la lande. Les chiens, incapables de garder les troupeaux, se joignaient à eux dans leur fuite.
« Quand le cratère fut rempli, ils se jetèrent dans les crevasses ouvertes par la secousse de l’impact. Le parc d’attractions se mua en charnier, et le vent qui soufflait de la mer, rabattait sur la ville une puanteur insoutenable.
» Cela dura trente jours. Les paysans ne savaient plus à quel saint se vouer, certains parlaient déjà de malédiction et de sorcellerie… puis les animaux se calmèrent et ce fut au tour des feuilles de chêne de devenir transparentes comme du verre. Dès qu’on les effleurait, elles cassaient en projetant des éclats en tous sens. Pensez-vous réellement que la simple explosion d’un bombardier aurait pu engendrer tout cela ?
David secoua négativement la tête, incapable de proférer un son. Il regardait défiler la lande par la vitre latérale. Les crevasses captaient son regard. Étaient-elles réellement pleines d’ossements noircis comme le racontait l’astronome ? Il tendit machinalement l’oreille, cherchant à détecter les gémissements des bêtes à l’agonie, rampant sur leurs moignons infectés, mais il n’entendit que les sifflements du vent fouettant les ajoncs.
— Le soir du crash, reprit Bubble-Sucker, l’observatoire de Mount Gilly a noté le passage d’un corps céleste non identifié. On a ensuite contesté cette interprétation de la bande spectrographique, et on a conclu à un banal écho fantôme. L’installation de Mount Gilly n’était pas des plus performantes, et à l’époque on avait d’autres soucis en tête que de pister les soucoupes volantes ! Mais la coïncidence est troublante. Quelque chose tombe du ciel, et, à la minute même, le parc d’attractions de Triviana s’embrase ! Quant à l’enquête qui a suivi, elle est loin d’être claire. Il semble qu’on ait classé le dossier Top-Secret… ou qu’on l’ait tout bêtement égaré. On a parlé d’avion japonais, de V2, d’un appareil américain, même ; mais on n’a officiellement rien découvert.
Il se tut, ralentit, et murmura d’une voix presque inaudible :
— On n’a rien découvert… ou alors on a tout ramassé. Tout, jusqu’au plus infime débris, pour qu’il ne subsiste plus aucune trace. Ou du moins, on a cru tout ramasser ! Car Jonas Stroke a su mettre la main sur un fragment oublié. Un fragment qui permettait sans peine de percer l’identité de l’appareil !
La voiture cahotait lourdement sur le chemin de terre. Des arbres morts emmêlaient leurs branches au-dessus de la piste pour former une voûte pleine de nœuds arthritiques. David commençait à ressentir les premières atteintes de son habituelle migraine du soir. Tout se mélangeait dans sa tête : les animaux morts, les autos tamponneuses, le diorama géant de Barney Coom avec ses petites figurines aux bouches béantes.
La lande n’était qu’une vieille carrière fissurée, un bloc de pierre aux trois quarts disloqué. Une seule chose l’empêchait encore de s’écrouler : la colle de cadavres dont on avait bourré ses crevasses, une colle noire et puante, une vase de sanie qui maintenait la cohésion de l’ensemble pour quelque temps encore.
— Lorsque l’engin a explosé, il s’est passé quelque chose, haleta l’astronome, peut-être un dégagement de gaz, ou bien l’émission de substances inconnues… ou encore des ondes vibrant sur une fréquence nouvelle. Quoi qu’il en soit, les animaux ont été contaminés par ces effluves. C’est à mon avis la seule explication valable.
La voiture s’immobilisa dans un dernier soubresaut. Bubble-Sucker chercha maladroitement sa pipe dans la poche-poitrine de sa grosse veste de chasse. Bien qu’il ne fût que cinq heures, la nuit d’automne s’avançait sur la lande comme une fumée venue de la mer. David suivait d’un œil angoissé la progression de cet épanchement qui grignotait peu à peu le paysage. Il avait l’impression qu’une armée d’outre-tombe se déplaçait à l’abri de cet écran fumigène, une armée ricanante dont les bataillons rampaient derrière chaque buisson d’épines, encerclant lentement la voiture.
— D’ailleurs, il y a eu d’autres victimes, continuait le professeur. J’ai recensé toutes les femmes enceintes qui se trouvaient ce soir-là à la fête. La plupart ont fait des fausses couches, mais celles qui ont mené leur grossesse à terme ont donné naissance à des enfants anormaux.
Moochie haussa les épaules.
— Elles ont eu la trouille lors de l’explosion, observa-t-il, c’est courant ce genre de truc. Ma tante Connie, quand elle était enceinte, elle a eu peur d’un chien, eh bien, son bébé est né avant terme et il était tout malingre. Même que son père a dit : « Il vivra pas vieux, ce môme. »
L’ex-astronome eut un claquement de langue irrité.
— Flanagan ! coupa-t-il, ce dont je parle n’a rien à voir avec la progéniture de votre tante. Avez-vous entendu parler des familles Portridge, Mac Aver et Mocton ?
— Non.
— Toutes comptent parmi leurs membres un dégénéré né quelque temps après la catastrophe. Les Mac Aver et les Mocton ont quitté la région, mais les Portridge sont toujours là. Ils ont une ferme du côté de New Maskinson. C’est à vingt minutes en voiture… J’ai l’impression que vous me prendriez davantage au sérieux si je vous présentais Maxwell Portridge.
Les yeux bleus de l’astronome brillaient d’un éclat dur.
— Qu’est-ce qu’il a de particulier ce Maxwell ? interrogea David.
En fait il n’avait qu’une envie : quitter la lande et retrouver le collège. Il n’aimait pas cet endroit, il n’aimait pas la complicité louche que Bubble-Sucker essayait d’établir entre eux. D’ailleurs, en règle générale il avait toujours eu une sainte horreur des élèves qui flirtent avec leurs professeurs. Bubble-Sucker émit un ricanement mauvais. Ses mains se posèrent sur le volant.
— Je vais vous le présenter, dit-il en lançant le moteur. Oui, il faut que vous voyiez ça de vos propres yeux, sinon vous m’accuserez encore de mentir !
Il avait pris la mouche. Avec des gestes rageurs, il lança la voiture sur un chemin de traverse. Les roues mordaient le sol, soulevant dans les airs de grosses mottes boueuses qui retombaient sur le capot avec un bruit de poing heurtant la tôle. Malgré lui David sursautait à chaque nouveau choc.
La nuit s’installait réellement et Bubble-Sucker dut allumer ses phares. Au bout d’un quart d’heure de course erratique, ils quittèrent la route pour s’enfoncer dans un bois. L’astronome coupa le moteur, sortit une torche électrique de la boîte à gants.
— Flanagan, ordonna-t-il, prenez la paire de jumelles, sur la plage arrière. Vous en aurez besoin.
David descendit. Une atmosphère d’humidité moite stagnait sous les arbres.
— Nous n’irons pas plus loin, chuchota Bubble-Sucker, ce serait trop dangereux. Installez-vous entre ces bouleaux. Vous pourrez voir la ferme.
— Le fils Mac Aver, murmura rêveusement l’astronome, il vivait cloué dans un fauteuil roulant et il était terrorisé par la couleur jaune. Il détruisait systématiquement tout ce qui affichait cette teinte : les vêtements, les fleurs… Le commis de ferme qui avait les cheveux jaune paille dut se teindre en noir pour conserver sa place. Chaque fois que Newton Mac Aver voyait un objet jaune, il sortait de sa poche un sécateur et entreprenait de le couper en mille morceaux. Son père retouchait les photos des magazines, oblitérant au crayon feutre tout ce qui se trouvait imprimé en jaune.
— Et ça s’est terminé comment ? dit Moochie d’une voix étranglée.
— Newton Mac Aver a tranché la gorge d’un étudiant japonais qui campait dans la prairie. En fait, pour être plus exact, il lui a d’abord tranché la gorge. Ensuite il l’a dépecé, soigneusement, avec son sécateur, puis il a enfermé tous les morceaux dans le sac de couchage de sa victime et est tranquillement rentré chez lui. Il est dans un asile à présent, et sa famille a quitté la région.
— Maxwell Portridge est du même gabarit ? s’enquit David.
— Maxwell Portridge n’a encore tué aucun être humain, mais c’est lui aussi un enfant né peu de temps après la mort du bombardier. Je voulais souligner la coïncidence.
Il se tut brusquement. Un chat blanc venait de surgir d’un buisson, il était maigre et galeux. Sur son dos quelqu’un avait tracé des lettres d’une grosse écriture enfantine. David se pencha et lut : Ce chat n’est pas un chat mais l’une des mille enveloppes du démon.
— Bordel ! siffla Moochie en devenant pâle comme un linge.
— Regardez dans la cour de la ferme, souffla Bubble-Sucker, vous verrez un établi sous une grosse lampe-tempête. Maxwell doit être en train d’y travailler.
Moochie porta les jumelles à ses yeux, fit la mise au point et grinça de dégoût.
— Beerk ! Il est occupé à dépouiller des bêtes… Il y a du sang partout. On dirait qu’il récupère les peaux.
Le professeur secoua la tête, comme il le faisait en classe lorsqu’un élève proférait une absurdité.
— Vous vous trompez, Flanagan ! murmura-t-il avec une gentillesse doucereuse de mauvais aloi. Maxwell Portridge a une obsession : il croit que le diable se cache dans le corps de certains animaux, et qu’il les infecte à la manière d’un furoncle. Alors, pour purifier les bêtes, il les opère.
— Il les opère ?
— Oui. Du moins… à sa manière.
David sentit ses cheveux se hérisser sur le bas de sa nuque. D’un geste sec, il prit les jumelles des mains de Moochie et plongea son regard dans la cour de la ferme. Un quadragénaire bedonnant se tenait penché sur une grande table de bois. Il était torse nu, simplement vêtu d’une salopette et d’une casquette de baseball. Son visage hagard s’affaissait au niveau des mâchoires, comme une masse de gélatine, et sa lèvre pendait, laissant filer une goutte de bave. Il avait les avant-bras complètement maculés de sang frais. Dans la main droite, il brandissait une longue aiguille de matelassier dans le chas de laquelle il avait passé un bon mètre de fil ciré.
— Il ne dépouille pas les animaux, corrigea David, on dirait qu’il…
Il se tut, la gorge serrée.
— Oui ? fit Bubble-Sucker sur le ton de la curiosité polie.
— On dirait qu’il les… recoud !
David sentit ses intestins se liquéfier, maintenant les jumelles tremblaient entre ses doigts et il avait le plus grand mal à obtenir une image satisfaisante. Cependant il était certain de ne pas se tromper. Là-bas, dans la cour de la ferme, un dément se livrait à d’épouvantables travaux d’aiguille, ravaudant en dépit du bon sens des cadavres d’animaux. N’était-il pas en train de greffer des pattes de chat à une poule ? Un goût de fer envahit la bouche du garçon. Sur l’établi on distinguait un monceau de poils et de plumes. Il y avait aussi une bête cauchemardesque constituée pour moitié d’un chien et d’une chèvre, ainsi qu’un lapin à tête de coq. La terre tout autour de l’établi était noire, gorgée de sang séché. Des débris inutilisés pourrissaient aux alentours et de grosses mouches bleues voletaient en essaim serré, attirées par la lumière de la lampe-tempête.
Le fou continuait son travail avec une minutie de couturière professionnelle. À un moment il s’interrompit pour poser des lunettes sur son nez. Ses doigts étaient vernissés par le sang, et l’on eût dit qu’il portait des gants de caoutchouc rouge, des gants qui lui montaient jusqu’au coude. Il reprit son travail, retournant sur ses genoux la dépouille de la poule à pattes de chat. David avait de plus en plus envie de vomir, pour cacher son malaise il tendit les jumelles à Moochie.
— Comme je vous l’ai déjà expliqué, Maxwell est persuadé que le Diable infecte certaines parties du corps des animaux, murmura Bubble-Sucker, alors il tranche, il coupe, il « soigne ». Avec les morceaux sains, il tente de reconstituer des animaux entiers.
— Mais ce sont des cadavres ! s’indigna David.
— Oui, mais cela ne l’empêche pas de recommencer encore, et encore… Ce bon Maxwell n’a pas toute sa tête, comme vous vous en doutez. C’est un « enfant » prématuré, dont la gestation a été abrégée par la nuit du bombardier. Depuis quarante ans, il n’a jamais franchi la clôture qui entoure la ferme de ses parents. C’est peut-être mieux ainsi. Vous imaginez ce qui arriverait s’il se mettait dans la tête d’appliquer aux hommes le traitement qu’il réserve pour l’heure aux animaux ?
— Je voudrais rentrer au collège, dit David. Je crois que nous n’avons rien à faire ici. Ces histoires ne nous regardent pas, après tout.
Le professeur se raidit et sa bouche esquissa une grimace mauvaise.
— Vous me prenez pour un fou, cracha-t-il, c’est ça ? Vous êtes comme les autres. Un jour vous vous rendrez compte que j’avais vu juste, mais il sera trop tard.
Il se redressa, arracha les jumelles des mains de Moochie et marcha vers la voiture. Les deux garçons le suivirent.
Ils n’échangèrent plus un mot durant tout le trajet qui les ramena au collège. David grelottait d’angoisse. Il avait peur de la lande, il avait peur de Jonas Stroke et de Bubble-Sucker. Il avait peur de tout. Le professeur s’arrêta à l’entrée de l’école et leur ordonna de descendre. Il paraissait fou furieux, et David comprit qu’il venait de se faire un ennemi de plus.
— Quelle journée ! soupira Moochie en prenant le chemin du réfectoire. Et avec tout ça on a oublié de rapporter les vélos. Pourvu que la vieille n’aille pas déposer une plainte !